mercredi, 14 octobre 2009
Il faut deux s à blessé ? (suite)
Ayant des difficultés techniques dans le "trackback" de l'article sur le livre de François de Closets (voir note précédente), je publie directement dans une nouvelle note le commentaire très intéressant de Sylvain, professeur des écoles, ayant eu maille à partir avec l'orthographe dans son parcours scolaire.
"Ma réaction avant la lecture du livre de François de Closets
Un petit préambule concernant mon ressenti, mon vécu dans notre relation entre l'orthographe et moi.
Lorsque j'étais enfant, l'orthographe fut un véritable supplice pour moi. Cinq fautes dans la première ligne ne me posaient nullement problème. A cette époque une faute valait généralement quatre points. Au terme de cette première étape j'étais déjà donc hors course mais il me fallait quand même continuer, enrichissant mon score, ce qui ne rimait à rien car si j'avais déjà conquis le zéro pour cet exercice, je gravissais ensuite avec aisance les pentes me conduisant à la réprimande.
J'avais le droit à de nombreuses dictées pour améliorer cette orthographe dont l'indocilité m'échappait toujours. J'avais beau connaître les règles, rien n'y faisait : si je réussissais à les appliquer lors d'exercices systématiques type Bled, toute cette connaissance s'échappait dans un contexte différent. Je disposais en fait des outils mais je ne savais quand les utiliser.
Brusquement vers treize ans la situation s'est un peu améliorée. Je n'étais pas devenu un virtuose mais je comprenais maintenant certaines fautes. Il me restait à ne pas les commettre.
Vers quinze ans, tout aussi brusquement du jour au lendemain je suis devenu « bon ». Alors que j'étais encore dans les médiocres, lors du concours d'entrée à l'école normale (pas la supérieure, ne confondons pas !) je n'ai fait aucune faute à la dictée. A partir de ce jour la situation s'est nettement améliorée et j'ai même appris à prendre un certain plaisir à comprendre ces règles qu'il m'a fallu enseigner par la suite.
Mon opinion à l'égard de l'orthographe a aussi beaucoup changé au fil de mon appropriation de ses subtilités.
Il ressort de ce cheminement qu'en tout premier lieu il importe de comprendre la raison de l'orthographe. Cela permet de mieux l'enseigner mais paradoxalement de mieux comprendre les oposants à une réforme de celle-ci, la grande majorité de ces règles s'appuyant sur un historique, sur des raisons logiques. Au risque de me répéter, c'est la compréhension de cette logique ou plutôt cette incompréhension qui pose tant de problème.
Si je me réfère à ce cursus, à cette compréhension que j'ai commencé à acquérir, je devrais être hostile à une réforme. Si je me réfère à mon parcours d'enseignant, je devrais être farouchement favorable à une réforme. Je me situe finalement entre ces deux extrêmes.
La langue est un outil au service de la transmission de l'idée, vecteur d'échange, de compréhension réciproque. A ce titre elle se doit de s'adapter à son époque. Cela s'observe sans manifestation de désapprobation de la part des tenants d'une certaine tradition, dans l'évolution du vocabulaire. Il fallait bien inventer des nouveaux mots pour définir des inventions nouvelles.
L'orthographe est un outil de cet outil. C'est un outil permettant de mettre par écrit la pensée, elle-même exprimée par le langage. (Ce dernier pouvant être un soliloque intérieur)
Ce qui me semble le plus problématique réside dans les exceptions. Pourquoi apéritif mais appétit. Un p... deux p.... J'avoue que je ne connais pas la raison mais cela doit bien s'expliquer. Pourquoi ne pas simplifier en ne mettant qu'un seul « p »
Pourquoi la règle du « m » devant « m b p » souffre -t- elle d'exception ?
La présence de l'accent circonflexe s'explique généralement par le dérivé (forêt - forestier).
Le "e" dans "eau" s'explique généralement par un dérivé en el (bateau - batelier)
Le mot "château" cumule les deux avec châtelain et castel !
Je serais assez favorable à une simplification orthographique dans ces deux cas. Il me faudrait me faire violence mais il faut aussi savoir faire en sorte que le plus grand nombre puisse s'approprier cet outil au risque de créer des ségrégations, d'accentuer les fractures.
Je suis par contre opposé à ce que l'on maltraite les fondements même. Par exemple, la marque de lessive "axion" me semble un réel problème car cela vient en opposition complète avec la codification choisie "action" et où le "x" se prononce (kz) comme dans examen. Il est vrai que le mot "axe" fait exception. Dans l'absolu je serais favorable à une autre orthographe pour le mot "axe".
Nous n'évoquons là que des problèmes d'orthographe d'usage. Si l'on aborde l'orthographe grammaticale, la réflexion me semble encore plus difficile. Je ne citerai que le fameux accord du participe passé, notamment avec avoir et son COD mobile ! C'est un véritable casse tête et il est reconnu que l'enfant n'acquiert la maturité intellectuelle nécessaire à la compréhension de ce fonctionnement que vers treize ans (ce qui explique certains de mes progrès dont je ne comprenais pas la raison à l'époque).
Il est vrai qu'il serait aisé de trouver des situations où les accords aident fortement à la compréhension de l'écrit voire même de l'oral. Ce fonctionnement est complexe et, à notre époque, on ne peut plus passer autant de temps à l'acquisition de ces fonctionnements. On obtient des personnes qui se désintéressent de ces problèmes et qui, nécessité de communication obligent, triturent, martyrisent, plient la langue à leur besoin. Le plus surprenant c'est qu'au final ils ne rencontrent pas de difficultés majeures de compréhension tant en temps qu'émetteur qu'en temps que récepteur. La population s'adapte à cela. Il apparaît donc clairement que l'orthographe figée est en train d'être délaissée mais que cela ne représente pas un problème dans les échanges. Il faut donc, me semble -t- il, savoir faire preuve d'adaptation. C'est certes une adaptation par le bas mais c'est un combat perdu d'avance que de vouloir ne rien changer à ces règles.
A noter quand même qu'une grande partie des problèmes d'orthographe grammaticale relève d'une méconnaissance, d'une incompréhension des fonctionnements de notre grammaire. Celle-ci est toujours présentée comme un exercice scolaire stérile et conduit au désintérêt avec les conséquences que nous connaissons. Il est pourtant possible de présenter cela comme un exercice de "lego". La langue se compose de briquettes à assembler. Il existe effectivement certaines règles à respecter mais il faut aider les élèves à se les approprier. La grammaire est toujours présentée de façon analytique alors qu'il faudrait d'abord la présenter de façon constructive : j'ai des éléments et avec eux, je CONSTRUIS ma pensée, mon discours.
On se heurte là à un autre problème car des personnes sensées connaître la langue (écrivains, journalistes...) maltraitent cette langue. Je prendrai pour exemple le "J'ai été à la gare" un verbe d'état utilisé comme verbe d'action. Le verbe aller existe pourtant. Cette notion me semble essentielle à la compréhension, bien plus qu'un "s" à "puits" même si c'est pour rappeler le puisatier ou le puisard.
La maltraitance des connecteurs logiques me fait également dresser les cheveux sur la tête. Combien d'auteurs utilisent des pronoms relatifs pour commencer une phrase alors que la raison d'être de ces mots est de RELIER deux propositions dans une MEME phrase. Le propos peut également être tenu avec les conjonctions de coordination.
Quant à la ponctuation... !!! ???
Je suis donc favorable à une réforme raisonnée mais surtout pragmatique de notre orthographe en ayant pour optique de l'adapter pour qu'elle puisse se donner au plus grand nombre.
Je n'ai pas abordé le langage SMS. Dans l'usage strict du SMS je peux l'admettre si cela est utilisé dans l'esprit premier, à savoir gagner de la place en caractère donc en coûts financier et temporel (?) J'ai cependant de grandes difficultés à lire ce type de message et prend même pour principe de n'y pas répondre. Le problème m'apparaît autrement plus inquiétant lorsque ce type d'écriture est utilisé dans un mel ou sur un forum où la notion de coût financier n'intervient pas. Le gain de temps peut peut être se comprendre mais il me semble qu'il s'agit surtout là d'une façon d'afficher son appartenance à un groupe refusant les "dictats" de l'orthographe traditionnel.
Si l'on veut éviter d'avoir à utiliser prochainement une toute nouvelle orthographe il est temps de faire évoluer celle encore majoritairement reconnue pour l'instant."
Sylvain
21:34 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
vendredi, 02 octobre 2009
Il faut deux 's' à "blessé"?
Ce titre pourrait sembler ironique. Il ne l'est pas.
J'ai rencontré hier tout à fait par hasard François de Closets. Un échange fort sympathique. Mais très vite, j'ai vu l'homme blessé, alors qu'il me semblait, comme je le lui faisais remarquer, être très plébiscité en ce moment avec la sortie de son livre Zéro faute, l'orthographe une passion française. "Allez voir me suggère-t-il, sur internet, ce que disent les sites et les blogs et vous comprendrez ce que je veux dire." Il y a une certaine réserve chez lui, mêlée à un étonnement sincère face aux critiques virulentes dont il est l'objet. Je comprends que je suis sur son parcours ce jour-ci. Alors que je le voyais approcher, il tentait de faire le point sur sa situation et lorsque je le verrai un peu plus tard s'éloigner, il continuera son raisonnement, essayant de se concentrer au mieux. Je jalonne de façon inopinée cet itinéraire. La conversation que nous avons lui permet de faire sa synthèse de vive voix et de façon posée. Il retourne à ce moment-là les accusations de ses détracteurs. Ce n'est pas n'est pas lui qui n'est pas à sa place dans ce monde en pleine mutation langagière où, pour résumer, l'oral permute l'écrit et le métamorphose de fond en comble. C'est eux qui sont en total décalage par rapport ces bouleversements sans précédent. Voilà ce qu'il ressort de ses propos. « On marche sur la tête, soupire-t-il. Bon nombre de littéraires font comme-ci ces changements n'existaient pas, alors qu'on est en plein dedans. » Il se sent injustement attaqué de toute part. "Ils ont tout interprété de travers, ajoute-t-il. Ils croient que je veux tout chambouler." Il lève les mains au niveau des tempes, montrant qu'il en a plein la tête. Sa petite victoire par k.o. sur Zémour chez Ruquier est à peine évoquée. En dépit des apparences, ce livre est peut-être celui qui fait de lui un incompris.
Tenter de toucher aux règles sacro-saintes de l'orthographe, c'est être un enfant qui risque de mettre le feu en jouant avec des allumettes.
09:54 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
mardi, 23 juin 2009
ISABELLE toujours
Isabelle c'est un peu l'Arlésienne des Poppys.
Ils la chantent depuis... trente sept ans et personne ne l'a jamais vu passer. Tout dernièrement elle était « revue et corrigée » (dixit Thierry) par les deux frères, Thierry et Philippe Sellier, de la première génération des Poppys, accompagnés par le groupe Par Hasard. Version rock-country tout à fait personnelle, avec ajout d'autres couplets qui montrent bien que cette aventure (et l'aventure Poppys par la même occasion) n'est pas finie. Excellent concert dimanche 21 juin à l'occasion de la fête de la musique, à Saint-Maur, la même petite ville de l'Est parisien, ville berceau de Vanessa Paradis, Michel Jonasz, Manu Katché, Jacques Tati et le grand Charles Trenet... Des reprises des Stones (entre autres inoubliable Honky Tonk Woman), Hendrix (Hey Joe) Free (All right now) et bien entendu Non, non, rien n'a changé avec le soliste d'origine des Poppys, Bruno Polius Victoire , Thierry et Philippe Sellier. Soirée très rock, très blues, avec des solos de guitare made in Par Hasard, qui n'ont rien à envier aux plus grands, un Bruno plus en forme que jamais. Les fans ont par la même occasion fait signer leur exemplaire du livre Il était une fois les Poppys. Merci aussi au groupe Par Hasard pour son accueil exceptionnel. Une soirée inoubliable !!!
22:35 Publié dans Musique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note




